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En France, la "liberté" retrouvée des Japonaises

Des femmes japonaises « plus libres » en France

Au Japon, les normes sociales peuvent être contraignantes pour certaines femmes. En arrivant en France, elles ressentent moins ces injonctions. Témoignages de quatre Japonaises.

Vivre à l’étranger était son rêve depuis longtemps. Asako Sasaki, la cinquantaine, y est parvenue. En 2009, cette Japonaise arrive seule à Paris. Originaire de Yokohama, près de Tokyo, Asako Sasaki travaillait en tant que vendeuse dans un magasin de vêtements d’une marque française, Alain Figaret (aujourd’hui Figaret Paris).

Lorsque son patron lui propose de travailler pour la même enseigne, mais en France, elle accepte aussitôt. Ce pays, elle voulait y retourner après y avoir vécu lorsqu’elle avait la vingtaine. Venue étudier la mode, le séjour lui avait laissé un goût d’inachevé. « Cette année a été tellement courte que je n’ai pas pu en profiter complètement. Mais j’ai découvert l’Europe. L’ambiance m’a beaucoup plu ».

Installée pour de bon en France comme 44 000 autres Japonais, Asako Sasaki découvre une autre facette de la vie qu’elle a connue au Japon. En tant que femme, elle se sent moins touchée par certaines normes sociales. « Au Japon c’est un peu difficile à vivre pour les femmes à partir d’un certain âge. Il faut trouver un mari avant d’être vieille. Je me sens plus libre de vivre en France ». Son mari, elle finit par le rencontrer en France, sans se sentir pressée, poussée par la société.

 

Égalité femmes-hommes : le Japon, 110e sur 149

Parmi les injonctions envers les femmes japonaises : se marier jeune, avoir des enfants, les élever et renoncer à sa carrière professionnelle. En matière d’égalité femmes-hommes, la société japonaise progresse très lentement. Selon un rapport du Forum économique mondial publié en 2018, le Japon atteint la 110e place sur 149, tandis que la France est 12e. Mais toutes les femmes japonaises, même une fois en France, ne considèrent pas ces règles comme sexistes ou contraignantes.

Eiko Sakai a pris le chemin tracé par ces normes sociales au Japon. À 24 ans, elle s’y est mariée. C’était en 1986. Sept ans plus tard, elle et son mari partent vivre en France, à Paris. Eiko Sakai admet que ce n’était pas son envie – « Quand je suis arrivée, j’avais peur, je sortais le moins possible » –  mais celle de son compagnon. Lui, adore la France et sa gastronomie, il rêvait de travailler dans un restaurant français. C’est chose faite, tandis qu’Eiko a obtenu en 2000 un diplôme de modéliste, pour exercer un métier qui lui plaît.

« Le Japon, c’est un peu la France il y a 100 ans, surtout à la campagne. Lorsqu’une femme se marie, elle doit quitter son travail, sinon c’est mal vu. Mais comme les femmes ne connaissent que le Japon, elles ne peuvent pas comparer la situation avec ailleurs, et donc elles trouvent tout ça normal », résume Miaki Ashida, une Japonaise de 32 ans, installée à Nice avec son mari français.

 

« A 25 ans, on nous parle de mariage »

Intéressée par la langue française, Miaki étudie à Toulouse puis à Lyon. Au Japon, elle estime avoir été préservée des pressions envers les femmes, notamment grâce à sa mère. « Ma mère était opposée à cette mentalité. Elle a quitté le domicile familial à 19 ans car son père critiquait son envie d’étudier. Aujourd’hui elle travaille ! Donc mes parents ne m’ont rien imposé. »

Si certaines femmes nippones se sont senties plus libres une fois à l’étranger, d’autres ont quitté leur pays à la recherche de plus d’indépendance. Ayaka Ide en fait partie. Installée à Paris depuis 2015, cette Japonaise de 38 ans a tout plaqué après avoir travaillé dix ans au Japon en tant qu’hôtesse d’accueil. Elle démissionne pour améliorer son niveau de français et étudier le tourisme hôtelier. « Mes collègues et certains amis n’ont pas vraiment compris mon choix. Mais mes parents ont accepté. Donc j’ai pu partir. »

Difficile pour Ayaka de continuer à accepter certaines règles qui régissent la société nippone. « J’adore la culture japonaise, mais parfois les traditions et la mentalité ne sont pas assez ouvertes. C’est mal vu de partir du travail avant les autres, il faut trouver un emploi tout de suite après la fin des études sans connaître l’étranger. Et à partir de 25 ans, notre entourage nous parle du mariage, des enfants. Je n’aimais pas trop ça ». Ici, elle a rencontré un copain français, mais n’est pas mariée.

 

Défi démographique

À la tête de l’association culturelle franco-japonaise Yuai à Paris, Christophe Regnie a déjà échangé sur ces sujets avec des femmes japonaises. Fondée en 2007, son organisation propose des événements culturels et linguistiques entre Japonais et Français et rassemble près de 200 adhérents. « Certaines Japonaises fuient justement ce carcan social, d’autres veulent découvrir autre chose car le modèle masculin japonais ne les fait pas rêver. D’autres encore cherchent à se marier avec un Français ou un étranger, pensant que cela résoudra tous les problèmes. Mais la réalité est différente : deux mariages sur trois finissent par une séparation ou un divorce. »

La pression sociale exercée sur les femmes japonaises pourrait bien perdurer. En cause, le défi démographique majeur auquel est confronté le pays. « Le Japon est un pays vieillissant. La natalité est en baisse depuis une dizaine d’années, le nombre de mariages diminue aussi. Pour les relancer, le pays mise sur des méthodes comme, par exemple, renforcer la publicité des agences de rencontres », analyse Christophe Regnie.

Tandis qu’elle jouit d’une nouvelle forme de liberté, le quotidien d’Ayaka Ide n’est pas non plus tout rose à Paris. L’ouverture d’esprit qu’elle apprécie en France se heurte à des comportements qu’elle trouve irrespectueux. « Dans le métro, les gens ne font pas la queue pour attendre leur tour. Ils parlent fort au téléphone. Au Japon, ce n’est pas possible. »

En stage dans un hôtel parisien, Ayaka termine bientôt sa première année de master. « Si je trouve un travail, je me vois pour l’instant rester en France. Le Japon, ça sera juste pour les vacances et pour revoir ma famille. »

 

Crédit illustration : Inès Pons-Teixeira.

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Journaliste TV en apprentissage. Rédacteur au service économie de France 2 et France 3. Étudiant à l'IPJ-Dauphine. Filme avec un appareil photo.