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guerre d'Algérie

Pieds noirs et harkis : les déracinés de la guerre d’Algérie

Dans ce podcast sur la guerre d’Algérie, Mariette et Lou, petites-filles de pieds-noirs, cherchent à comprendre la vie de leurs ancêtres. Pour cela, elles ont rencontré des pieds-noirs et des descendants de harkis.

 

Épisode 1 : « On savait qu’il y aurait la guerre »

Dans ce premier épisode, Mariette et Lou rendent visite à la grand-mère de Lou. À 89 ans, cette pied-noire, juive et communiste, a des souvenirs très nets de sa vie, avant et pendant la guerre d’Algérie. Elle a 24 ans quand, en 1956, elle décide de quitter l’appartement qu’elle occupe à Oran, avec son mari et leurs deux enfants, pour s’installer à Paris.

La nuit de la Toussaint 1954, en effet, une vague d’attentats organisés par le Front de libération nationale (FLN) touche l’Algérie. En tout, huit personnes perdent la vie. Parmi les cibles, un couple d’instituteurs. Le mari décède, son épouse est blessée. Leur sort émeut l’opinion. Le grand-père de Lou est alors instituteur. L’événement fait peur. La guerre d’Algérie commence.

Portrait de la grand-mère de Lou, à l’âge de 15 ans.

 

Pour la grand-mère de Lou, c’est aussi le début d’une prise de conscience. Les Européens ne peuvent se maintenir en Algérie s’ils ne concèdent pas l’égalité politique à la population locale. Elle perd tout espoir de paix lorsque, le 6 février 1956, Guy Mollet, le président du Conseil fraîchement élu, se rend à Alger. Accueilli par des tomates lancées par des pieds-noirs, il cède rapidement face à leurs revendications et renonce à ses idées progressistes.

 

 

 

Le gouvernement français se montre inflexible face aux revendications du peuple musulman. Voyant la situation prête à dégénérer, les grands-parents de Lou se résignent, et décident de quitter l’Algérie. Mi-1956, ils arrivent à Paris. Ils errent pendant un an et demi à la recherche d’un logement. Une fois installés, ils finissent par soutenir la cause de l’indépendance algérienne. 

 

Épisode 2 : « C’était la haine à tous les étages »

Dans ce second épisode, Lou et Mariette vont à la rencontre d’Alain. Il a 71 ans. Ce juif pied-noir a quitté l’Algérie à l’âge de 12 ans, en juillet 1962. Il leur livre un témoignage teinté de nostalgie et du fracas de la guerre d’Algérie.

Alain grandit entre Oran, où son père a monté une entreprise de pressing, et Béni-Saf, une ville côtière à une centaine de kilomètres d’Oran, où habitent ses grands-parents. Pour le jeune garçon, c’est une jeunesse heureuse, où l’on joue sur la plage avant d’aller déguster des moules crues au port.

 

Alain avait 12 ans quand il a dû quitter son Algérie natale.

Puis la guerre arrive, et l’histoire personnelle côtoie la grande histoire. Le jeune Alain est dans la foule oranaise, avec son père, quand de Gaulle lance son célèbre « Je vous ai compris », le 4 juin 1958. Ce discours, les pieds-noirs l’ont pris pour une promesse : l’Algérie resterait française, et ils pourraient y vivre.

Alain évoque aussi le massacre d’Oran, le 5 juillet 1962. Ce jour-là, alors que l’indépendance de l’Algérie vient d’être proclamée, des dizaines, voire des centaines d‘Européens d’Algérie sont tués.  Son père est sauvé de justesse par un de ses anciens ouvriers.

Comme près de 700 000 pieds-noirs cette année, la famille d’Alain décide de fuir en France.

Épisode 3 : harkis, la double peine 

Pour ce troisième et dernier épisode du podcast « Les déracinés d’Algérie », Mariette et Lou sont allées à la rencontre d’une fille de harki. Zohra vit à Roubaix, comme le reste de sa famille. Son père, Saïd, était un harki, un auxiliaire de l’armée française enrôlé pendant la guerre. A l’indépendance, menacé de mort, il a dû fuir et refaire sa vie en France. Sa femme Yasmina l’a particulièrement mal vécu. 

Ce bout d’histoire familiale rejoint une fois de plus la “grande” histoire. Celle des harkis est méconnue, voire oubliée. Et pourtant, ils étaient près de 300 000 musulmans à combattre dans les rangs de l’armée française pendant le conflit, sans compter leurs familles. 

Placés en bas de la hiérarchie militaire, les harkis combattent mais accomplissent aussi d’autres tâches, comme la construction de dispensaires ou de routes. D’origine paysanne, la plupart n’ont pas d’idéologie politique. Leur enrôlement dans l’armée française est souvent une question de survie. 

Après la signature des accords d’Evian, en mars 1962, les lynchages commencent. Et alors que les pieds-noirs fuient par avion ou par bateau, de Gaulle refuse de rapatrier les harkis et les abandonne à leur sort. En tout, 153 000 sont exécutés.

Des chefs militaires font alors pression sur leur hiérarchie pour en exfiltrer certains. 20 000 hommes partiront finalement avec leurs familles. Mais ils ne sont pas au bout de leurs peines. Alors qu’ils s’attendaient à être relogés et à bénéficier d’un emploi – nous sommes en 1962, ce sont les Trente Glorieuses, la France connaît encore le plein-emploi – ils sont placés dans des camps de transit. 

Six ouvrent en France, plusieurs sur le site d’anciens camps de prisonniers utilisés pendant la guerre d’Espagne et la Seconde Guerre mondiale. Les conditions de vie y sont précaires, les libertés, limitées. Les premiers mois, les enfants ne sont pas scolarisés, les familles pataugent dans la boue froide de l’hiver 1962. Zohra et ses parents ne demeurent pas très longtemps au camp de Rivesaltes. Mais certaines familles de harkis y restent bloquées pendant plusieurs années. Les derniers camps ferment en 1975.

Violentés en Algérie, oubliés en France, où ils n’obtiennent le statut d’ancien combattant que dans les années 1990, les harkis subissent une double peine. La mémoire est difficile à transmettre : certains, traumatisés, parlent peu du passé. Zohra a accepté de nous raconter ce qu’elle a réussi à reconstituer de l’histoire de ses parents.

Merci à Alain, Zohra et sa famille, Mohammed, Jeannine, Khadoudja, Mélina, Louisa, de nous avoir confié leur histoire. Merci à Michèle Baussant et Fatima Besnaci-Lancou pour leurs lumières. Merci à la grand-mère de Lou. 

Quelques pistes pour aller plus loin : 

Sur les pieds-noirs 

° Le roman Le tailleur de Relizane d’Olivia Elkaïm 

° « Exils et construction de la mémoire généalogique : l’exemple des Pieds-Noirs », Michèle Baussant 

° « Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie », Le Monde Diplomatique

Sur les harkis

° « Harkis: une mémoire à vif », Mediapart 

° « Les enfants de harkis, une jeunesse dans les camps », Régis Pierret

° Le roman L’art de perdre d’Alice Zeniter 

Sur l’Algérie coloniale et la guerre d’Algérie 

° Vidéo : « Quand l’Algérie était française »

° Vidéo : « De la colonisation au code de l’Indigénat (Histoire de l’Algérie) », Centre d’Histoire sociale, Jeanne Menjoulet 

Crédits : 

Ecriture, montage, réalisation : Lou Roméo et Mariette Thom 

Mixage : Ulysse Thévenon 

Composition musicale : Mariette Thom

Illustration : Hanna Seguin

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Journaliste en alternance à Ouest-France, intéressée par le format long, écrit ou audio, et la photographie. Mes sujets de prédilection : les thèmes de société, et surtout les histoires de gens.

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Journaliste en apprentissage au multimédia de RFI. Plutôt écrit, mais j'aime l'audio aussi. Intéressée par les longs formats, les sujets sociétaux et les histoires de mémoire.